Ces mots anciens qui freinent les idées neuves : #2 parent solo

Nous poursuivons notre série estivale à propos des mots qui servent à parler des conditions de vie des enfants après séparation de leurs parents.

Cette semaine nous insistons sur : « famille monoparentale » en pointant l’évolution de cette catégorie.

La semaine dernière, nous avons vu qu’en France, la grande majorité des familles monoparentales (82 %) ont pour origine une séparation. Il ne s’agit donc pas de « monoparentalité » puisque les deux parents restent présents.

Il faudrait parler de « foyers monoparentaux » et de « familles à deux foyers » pour bien montrer que dans le cadre de la coparentalité, les deux parents sont toujours responsables à égalité de leurs enfants.

Dans la foulée, il faudrait aussi cesser de parler de mère ou de père solo ou isolé.e puisque les enfants sont toujours en lien avec leurs deux parents. Même si avec l’un des parents, souvent le père, les relations sont réduites du fait des modalités de résidence, ces relations existent et la coparentalité doit s’exercer.

Les mères responsables de foyer monoparental avec enfants jeunes

Selon une enquête INSEE conduite en Ile de France « Les mères seules ont plus souvent en charge les fratries d’au moins deux enfants et les jeunes enfants que les pères isolés. Ainsi, 93 % des enfants de moins de trois ans vivant en famille monoparentale résident chez leur mère.

La garde des enfants peut alors constituer un frein à l’accès au marché du travail. L’accès de ces femmes à l’emploi est largement conditionné par leur possibilité de bénéficier de dispositifs d’accueil des enfants et jeunes enfants adaptés, du point de vue des coûts, des horaires et de la localisation. Cet éloignement temporaire du marché du travail a un impact immédiat sur les revenus de la famille, mais aussi sur l’avenir professionnel de ces femmes. »

Les pères de plus en plus présents

Toujours selon l’enquête INSEE Ile de France « La part des pères à la tête d’une famille monoparentale augmente de 2,4 points entre 1999 et 2012 : chaque année, leur nombre progresse de 2 000 contre 7 000 pour les mères. Cependant, les hommes restent minoritaires à élever seuls leurs enfants ; en effet, les femmes sont plus de huit fois sur dix cheffes des familles monoparentales. La monoparentalité demeure essentiellement un phénomène féminin et un marqueur des inégalités femmes-hommes.

C’est à l’adolescence que la part des enfants gardés par leur père est la plus importante. Les hommes isolés représentent 14 % des familles monoparentales en Seine-Saint-Denis et 19 % dans les Yvelines et en Essonne, territoires où les enfants sont plus souvent en garde alternée après le divorce de leurs parents. »

Selon une enquête INSEE conduite en Bretagne, « L’évolution du cadre législatif, en particulier la loi du 4 mars 2002, constitue vraisemblablement l’un des facteurs explicatifs de ce changement. Selon la Drees, la loi du 4 mars 2002, relative à l’autorité parentale favorisant le développement des résidences alternées pour les enfants de couples séparés, contribue à ce que le nombre de pères isolés progresse plus vite que l’effectif des familles monoparentales. »

Une situation qui s’améliore dans certains cas

Selon l’enquête INSEE Bretagne : « En 2014, en Bretagne, un peu moins de la moitié (48 %) des parents vivant seuls avec leur(s) enfant(s) ont un diplôme inférieur au Baccalauréat. En 1999, ils étaient 68 % dans cette situation. Sur la même période, la part des parents de familles monoparentales diplômés de l’enseignement supérieur progresse de 13 points dans la région. En 2014, près d’un parent isolé sur trois (31 %) dispose ainsi d’un tel diplôme. Les études nationales signalent toutefois que le niveau de diplômes des parents isolés progresse moins vite que celui des parents en couple.

En lien direct avec la hausse des qualifications, la part des parents isolés cadres ou professions intermédiaires atteint 30 % en 2014. Ce poids augmente ainsi de 6 points en 15 ans, alors que dans le même temps la part des employés se réduit de 4 points.

Certaines caractéristiques des conditions de logement des familles monoparentales semblent moins marquées aujourd’hui qu’hier. Ainsi, la part de celles résidant dans le parc social baisse de 2 points entre 1999 et 2014. Désormais, 57 % des familles monoparentales vivent dans une maison, soit une progression de 5 points en 15 ans. Ces constats vont dans le sens d’une diversification des traits de la monoparentalité.

En 2014, 37 % des familles monoparentales de la région connaissent des conditions de vie s’approchant davantage que les autres de celles des couples avec enfant(s). »

La résidence des enfants dans une famille bifocale

L’évolution sociétale et légale fait, d’une part, que de plus en plus de pères sont responsables de foyers monoparentaux (ou chef de famille monoparentale, pour respecter la dénomination légale en vigueur). Cette évolution fait, d’autre part, que les conditions de vies de plus du tiers de ces foyers monoparentaux ressemblent à celles des familles monofocales (familles unies).

Il faudrait donc cesser l’amalgame entre les familles monoparentales dans lesquelles un des parents n’a jamais été présent ou est décédé et les foyers monoparentaux issus des ruptures conjugales.

Ce discernement permettrait vraisemblablement de mieux traiter les situations des femmes et des hommes concernée.s.

Plus d’informations lors de la conférence CIRA/ICSP Strasbourg 2018

Cette question des nouvelles configurations familiales et de la place des pères sera traitée à CIRA/ICSP Strasbourg 2018 par plusieurs conférencier.es. et notamment par Christine Simon, doctorante au Département de Sciences sociales et Comportementales de l’Université de Harvard, et son directeur de thèse, Derrick Gordon, Professeur Associé de Psychiatrie (Section Psychologie) à l’Ecole de Médecine de l’Université de Yale (USA).

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