La question du suicide du parent isolé

La semaine a été marquée par l’enquête d’un journaliste de Libération afin de retrouver les données qui permettent à certaines personnes d’affirmer que chaque année 1 300 pères séparés se suicident. Nous n’avons jamais utilisé ce chiffre mais ce journaliste nous a demandé si nous pouvions trouver la source de ces données.

Nous avons lancé un appel sur les réseaux sociaux. Le compte facebook a bien répondu et confirmé les sources que le journaliste avait trouvé par lui-même.

L’article de la rubrique CheckNews fait un compte rendu précis des utilisations de ce chiffre et de la manière dont il a été construit. Quels enseignements retirer de cette affaire ?

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Danemark : une nouvelle loi met la résidence alternée au centre des pratiques

Le Danemark met en place une nouvelle loi sur la coparentalité et la résidence alternée. Tous les partis politiques ont voté en faveur de cette loi qui met en pratique la résolution 2079/2015 du conseil de l’Europe. La résidence alternée est devenue très courante au Danemark.

La loi est issue d’une longue concertation entre le gouvernement, les institutions familiales et les associations.

Le représentant local du CIRA/ICSP a été très impliqué dans cette concertation et la construction de cette loi.

Cette nouvelle réforme comporte 5 aspects principaux, dont la création d’une Cour de Justice de la Famille. Une période de résidence alternée de 3 mois devient obligatoire, pour les couples sans violence.

La nouvelle Cour de Justice de la Famille

Au Danemark, les familles divorcées portaient leurs différends devant la justice ordinaire, avec tous les inconvénients qui vont avec (lenteur, procédures inappropriées, manque de suivi). La nouvelle loi crée une cour de justice spécialisée pour les familles.

Le but est d’améliorer la prise en charge et le suivi des couples et des enfants. L’espoir est de réduire les conflits qui durent trop longtemps et de trouver des solutions durables pour les enfants.

Pour rappel, la Belgique a déjà mis en place un Tribunal de la Famille. Lors de la conférence du CIRA/ICSP Strasbourg 2018, la juge Marie-France Carlier, du tribunal de Namur, a présenté ses pratiques.

Pour rappel encore, cette nouvelle juridiction dédiée aux familles est demandée en France afin de mieux suivre les familles et de mieux auditionner les enfants.

La prise en compte des violences domestiques

Les couples qui se séparent sont répartis en trois catégories : vert, jaune et rouge.

Vert correspond à la plupart des couples. Ils sont d’accord sur les modalités de séparation, en conformité avec la loi et le meilleur intérêt de l’enfant. Néanmoins, ils devront attendre 3 mois avant de divorcer totalement.

Si les parents ne sont pas d’accord, ils font partie de la catégorie jaune. La Cour de Justice de la Famille leur procure alors de l’aide pour mettre en place un plan parental.

En rouge, se trouvent les couples pour lesquels une intervention rapide et spéciale est nécessaire. Ceci, par exemple, en cas de violence domestique, d’abus sur enfant ou de troubles psychiques. Intervient alors une équipe pluridisciplinaire avec des juges, des travailleurs sociaux, des spécialistes de l’enfant, voire la police.

Trois mois de résidence alternée pour les enfants

Au Danemark, comme en France le divorce par consentement mutuel est possible. Il y est encore plus simple et rapide qu’en France car il peut se faire sur internet.

Avec la nouvelle loi, si des mineurs sont impliqués, ce divorce rapide est devenu impossible.

Pour les couples avec mineurs une période de réflexion de 3 mois est introduite. Cette période doit leur permettre de réfléchir et de se faire conseiller. Il doivent participer à un cours en ligne et passer un test.

Ce test assure que les parents ont bien compris comment prendre en compte les enfants dans la situation de divorce. Les couples non-mariés qui se séparent peuvent bénéficier de ces dispositions.

Durant ces trois mois, les enfants vivent en résidence alternée chez les deux parents. Sauf pour les cas de violence familiale.

Les enfants bénéficient d’une personne référente

Si les parents ne s’accordent pas sur la modalité de résidence des enfants, les enfants se voient attribuer une personne référente qui défendra leur point de vue. Cette personne référente ne travaille pas seule.

Cette référente fait partie d’une unité, au sein du tribunal de la famille. Les enfants pourront y rencontrer d’autres enfants afin d’échanger sur leur situation.

L’égalité entre les pères et les mères

Cette loi s’inscrit dans la perspective de la résolution 2079 de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe qui a été adoptée le 2 octobre 2015 et qui prône un équilibre femmes-hommes dans l’éducation des enfants, notamment en cas de divorce.

Elle souligne que, « en Europe, le partage des responsabilités entre les femmes et les hommes au sein des familles a connu des évolutions remarquables dans le sens d’un plus grand équilibre. Toutefois, les pères se trouvent parfois confrontés à des législations, des pratiques et des stéréotypes de genre sur les rôles assignés à la femme et à l’homme qui peuvent aboutir à les priver de relations suivies avec leurs enfants. Or, le fait pour un parent et son enfant d’être ensemble constitue un élément essentiel de la vie familiale qui est protégée par la Convention européenne des droits de l’homme. Seules des circonstances exceptionnelles et particulièrement graves au vu de l’intérêt de l’enfant devraient pouvoir justifier une séparation, ordonnée par un juge. »

Nous avions parlé de cette résolution, en janvier 2016, ici et ici.

Rôle du père dans la sécurité affective des enfants

La semaine dernière nous avons présenté les travaux de l’équipe de recherche de William Fabricius concernant la sécurité affective des enfants et adolescents. Ce billet détaille la suite de l’enquête et ses résultats.

Les résultats montrent que la qualité de la relation des deux parents entre eux et celle de la relation de l’enfant au père jouent un rôle important. Ces résultats bousculent les études précédentes qui se sont centrées sur le conflit parental ou les relations de l’enfant à la mère. Continuer la lecture de « Rôle du père dans la sécurité affective des enfants »

Qu’est-ce qui compte pour la sécurité affective des adolescents ?

Nous continuons à nous intéresser au rôle de chacun des parents dans le bienêtre et le développement des enfants et adolescents. L’équipe de recherche de William Fabricius a conduit une étude auprès de 392 familles sur cette question.

Une première génération de recherches s’était intéressé au conflit parental comme seule explication du bienêtre des enfants.

Les recherches suivantes ont montré que les effets du conflit sont médiés, modifiés, par d’autres facteurs, comme l’attitude du père, par exemple.

De plus, de nombreuses études montrent que la notion même de conflit est mal définie, car les recherches anciennes confondent désaccord, dispute et violence.

La recherche de Fabricius et son équipe prend en compte les défauts des études précédentes et va au-delà. Continuer la lecture de « Qu’est-ce qui compte pour la sécurité affective des adolescents ? »

Proposition de loi 307 : conflit parental, âge des enfants et jurisprudence

Nous poursuivons le point sur la proposition de loi 307 relative à la résidence des enfants dont les parents sont séparés (voir nos billets des 25 octobre et 1° novembre 2017).

Cette semaine nous rappelons, de manière synthétique, les résultats de recherche à propos de deux obstacles qui bloquent souvent la réflexion: le rôle du conflit des parents et les effets de l’âge des enfants dans les conséquences de la séparation du couple parental.

Ces résultats de recherche concordent avec de récentes décisions de Cour d’appel. Les critères utilisés par ces juges pour décider de la résidence des enfants mettent en évidence l’esprit de la loi actuelle qui privilégie le principe de coparentalité.

Cette synthèse et ces jurisprudences peuvent servir de point d’appui pour améliorer la proposition 307. Continuer la lecture de « Proposition de loi 307 : conflit parental, âge des enfants et jurisprudence »

Sur la résidence alternée, Mélanchon vaut-il Hamon ?

Nous avions écrit au candidat Jean-Luc Mélanchon comme aux autres mais nous n’avons pas reçu de réponse (voir notre billet du 8 mars 2017). En revanche, il avait répondu à un collectif d’associations et sa réponse est maintenant en ligne sur le site de la France Insoumise. Nous la prenons donc comme une donnée qui vaut la peine d’être discutée dans ce blog.

La question posée par le collectif était de savoir si le candidat pouvait soutenir que « en cas de divorce, la résidence partagée équilibrée (RPE) soit décrétée de base dès lors que l’un des deux parents la demande, charge ensuite aux Juges de l’adapter au cas par cas le cas échéant. »

Cette question peut paraître plus radicale que celle que nous avions posée (voir notre billet du 8 mars 2017). Elle peut alors provoquer des réponses plus radicales aussi.

Continuer la lecture de « Sur la résidence alternée, Mélanchon vaut-il Hamon ? »

Réexaminer la question du conflit dans la résidence alternée

Linda Nielsen vient de publier un article dans une revue scientifique internationale reconnue par l’Association Américaine de Psychologie (APA). Difficile de faire plus exigeant en termes de rigueur scientifique ! Cet article réexamine les précédents résultats des recherches à propos du lien qui existerait, ou non, entre résidence alternée et conflit parental.

Cet article nous intéresse puisqu’en France, tout particulièrement, des personnes et des organisations pensent que résidence et conflit sont liés au point d’interdire la résidence alternée (voir nos billets des 15 février et 5 avril 2017). Que montre la dernière étude de Linda Nielsen. Continuer la lecture de « Réexaminer la question du conflit dans la résidence alternée »

Le CIRA avec les associations suisses de coparentalité (suite)

Nous poursuivons le compterendu des points forts de l’assemblée annuelle du mouvement de la condition paternelle Vaud commencé dans notre billet de la semaine dernière (voir le billet du 22 mars 2017). Nous avons rapporté les interventions des chercheurs et des juges.

Dans ce billet nous présentons celles des deux vice-présidents du CIRA/ICSP : Chantal Clot-Grangeat, pour les professionnels, et Oliver Hunziger, pour la société civile. La première est psychologue, thérapeute, docteure en psychologie. Le second est président de l’association suisse pour la coparentalité (GeCoBi). Continuer la lecture de « Le CIRA avec les associations suisses de coparentalité (suite) »

La résidence alternée, c’est avant tout celle des enfants

Notre article dans le journal en ligne The Conversation continue sa belle diffusion à travers le monde. Après un an, il a été lu par plus de 41 000 personnes.

Les commentaires sur l’article nous permettent de démonter quelques idées reçues qui bloquent la réflexion en France.

Dans un premier temps nous avions répondu aux critiques d’un professeur expert en psychologie (voir notre billet du 1° février 2017.

Ensuite, nous avons répondu aux personnes qui suivent l’avis de ces spécialistes sans prendre garde au fait qu’ils ne parlent pas de la population en général mais qu’ils donnent des exemples très particuliers qui doivent être pris au sérieux mais qui ne sont pas représentatifs  (voir notre billet du 8 février 2017).

Dans ce billet, nous répondons aux personnes qui disent que la résidence alternée ne vaut rien pour la plupart des couples car les hommes seraient violents.

NOTE: Ce billet a été révisé le 25 janvier 2018. Continuer la lecture de « La résidence alternée, c’est avant tout celle des enfants »

Témoignage : quand la justice freine la coparentalité

Nous terminons la publication du témoignage du père que nous avons appelé Enzo.

Cette personne et son expérience permettent de poser la question de la fabrique de la décision de justice en ce qui concerne la résidence des enfants, comment cette décision peut nourrir la volonté de conflit d’un parent et mettre en péril la situation financière d’un parent (voir nos billets des 1° et 8 décembre 2016).

Ce témoignage est long, nous l’avons traité en plusieurs semaines. Ce dernier billet aborde le fonctionnement de la justice familiale. Continuer la lecture de « Témoignage : quand la justice freine la coparentalité »

Témoignage : les détails de l’arrangement peuvent nourrir le conflit

Nous poursuivons le témoignage d’un père, que nous avons appelé Enzo. Il a deux enfants qui avaient 3 et 6 ans au moment de la séparation, il y a 6 ans. Ces enfants vivent en résidence alternée sous un rythme 6-8 qui leur permet de vivre avec leurs deux parents. En revanche, le statut du père est celui de « visiteur », la résidence principale étant chez la mère. Ce père et son expérience permettent de poser la question de la fabrique de la décision de justice en ce qui concerne la résidence des enfants et comment cette décision peut nourrir la volonté de conflit d’un parent (voir notre billet du 1° décembre 2016).

Ce témoignage que nous avons reçu est long. Nous le traitons en plusieurs billets (voir notre billet du 7 décembre). Celui d’aujourd’hui aborde les questions du conflit parental et de la gestion financière. Continuer la lecture de « Témoignage : les détails de l’arrangement peuvent nourrir le conflit »

Témoignage : résidence alternée égalitaire adaptée après médiation

Nous poursuivons notre exploration de la mise en place de la résidence alternée par les couples d’aujourd’hui. La résidence alternée est l’objet de nombreuses fausses conceptions et nous essayons de faire la lumière sur les facteurs favorables au bienêtre des enfants dont les parents sont séparés.

Le premier témoignage publié, celui de Didier, a été lu et transféré par de très nombreuses personnes (voir notre billet du 16 novembre 2016). Nous sommes donc encouragés à poursuivre cette piste.

Cette semaine, mere-enfant-4nous présentons le témoignage d’une mère, que nous appellerons Alexia, qui a deux enfants qui vivent, depuis 3 ans, une alternance 2-3 plus un week-end sur deux. Le père et la mère n’étaient pas en conflit lors de la mise en place de cet arrangement et ils ne le sont toujours pas aujourd’hui ! Ils n’ont pas fait appel à la Justice mais ils ont organisé une médiation familiale. Les enfants ont aujourd’hui 5 et 8 ans. Continuer la lecture de « Témoignage : résidence alternée égalitaire adaptée après médiation »

Témoignage : une résidence alternée qui apaise le conflit parental

La résidence alternée est mal connue, source de nombreuses fausses conceptions et de débats mal fondés. Nous avons publié de nombreux résultats de recherche, souvent conduites à l’étranger. Pour mieux connaître la situation en France, nous allons tenter de publier des témoignages de parents vivant la résidence alternée. Nous essaierons de faire la lumière sur les facteurs favorables et sur les conditions pratiques de mise en place, dans le but de renforcer le bienêtre des enfants.

Voici un premier témoignage, celui d’un homme que nous appellerons Didier, le père d’une fillette de 4 ans et demi, dont les parents sont séparés depuis qu’elle a 2 ans. Continuer la lecture de « Témoignage : une résidence alternée qui apaise le conflit parental »

Être père, être mère : c’est toujours un chantier mobile !

A l’occasion de l’enquête « Etre père aujourd’hui » conduite par l’UNAF, France Inter a invité Serge Hefez, psychiatre et psychanalyste, responsable de l’unité de thérapie familiale à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, et Michel Fize, sociologue, à l’occasion du Téléphone Sonne. Le thème de l’émission était : « Les nouveaux pères, ou pères modernes sont de plus en plus sur un pied d’égalité avec la mère. Partage des tâches, de l’autorité et de l’affection. Nouvelle norme, ou mode ? »

chantierLes propos du journaliste, les réponses des invités, les témoignages et les réactions des auditeurs et des auditrices, montrent que la question de l’équilibre entre père et mère dans le couple est toujours un chantier. Et un chantier en plein mouvement !

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Aliénation parentale : situation délicate pour les professionnels de la famille

Nous continuons le billet de la semaine dernière. Pour les psychiatres et psychologues cités dans l’article de Sciences Humaines du mois de mai 2016, le parent qui manipule son enfant pour l’aliéner de l’autre parent a souvent une personnalité fragile. Sa campagne de dénigrement de l’ex-conjoint et sa volonté de garder exclusivement les enfants serait une lutte contre sa propre dépression.

lonely_MPour ces parents aliénants, expliquent ces spécialistes, l’enfant est un prolongement de soi, c’est leur signe de réussite sociale. Ces personnes vivent dans un chaos émotionnel construit sur la haine et la jalousie. Elles passent toute leur énergie à envenimer les relations et à créer des situations de blocage. Continuer la lecture de « Aliénation parentale : situation délicate pour les professionnels de la famille »