Nouvelle recherche en France : la résidence alternée protège les liens d’attachement

Grâce à une personne qui suit notre blog et nous renvoie régulièrement de l’information, nous avons pris connaissance de la vidéo d’une intervention de Fabien Bacro, maître de conférences à l’UFR de Psychologie de l’Université de Nantes. Il enseigne la psychologie du développement.

Ce chercheur propose d’intéressants résultats sur la construction du lien d’attachement des jeunes enfants. Il se demande quelle est la place du père dans l’attachement et comment, en cas de rupture parentale, le mode de résidence influence ce lien.

Dans cette vidéo mise en ligne récemment, il présente l’histoire de la théorie de l’attachement. Dans les dix dernières minutes, il évoque une recherche en cours de publication qui évalue les effets du mode de résidence sur les liens d’attachement.

Nous avons contacté ce chercheur et il nous a donné des précisions sur son travail.

Théorie de l’attachement : une évolution vers la prise en compte des deux parents

Dans un article de 2009, Fabien Bacro et Agnès Florin font le point sur les différents modèles de l’attachement et notamment sur le rôle des pères.

A l’heure actuelle et pour la plupart des auteurs, mères et pères sont tout autant capables de répondre de manière pertinente aux demandes de leurs enfants. Les deux parents constituent des figures d’attachement. Cependant, le rôle de chaque parent reste un sujet de discussion.

La manière de conduire les recherches est un premier point de débat. Certaines recherches placent l’enfant en situation de stress et observent les demandes de réconfort de l’enfant pour en déduire la qualité de l’attachement. Pour d’autres, cette méthode n’est pas adaptée car elle est artificielle et qu’elle n’observe qu’une partie des liens d’attachement, celle liée au réconfort. Ainsi, quand des enfants de 0 à 2 ans sont observés à domicile, ils manifestent autant de comportements d’attachement à leur mère qu’à leur père.

La différence entre chaque parent est un deuxième point de débat. Certains pensent que la mère assure un rôle de réconfort et de sécurité alors que le père serait un soutien aux actions d’exploration. Selon eux, les activités exploratoires sont tout aussi importantes que les besoins de proximité et de contact. Ces activités d’exploration permettent à l’enfant de s’ouvrir au monde, en apprenant à faire face aux obstacles et aux inconnus.

Or, les deux chercheurs montrent que pères et mères conjuguent les fonctions de protection et d’exploration. Selon les situations et selon l’âge de l’enfant, l’une de ces deux fonctions est privilégiée dans le lien d’attachement à chaque parent. L’un est plus protecteur tandis que l’autre est plus explorateur.

Cette variabilité permettrait, nous le rajoutons, de comprendre la construction de l’attachement dans les familles homoparentales.

Mode de résidence : quel effet sur l’attachement et le comportement

Dans sa vidéo, Fabien Bacro présente les résultats de ses recherches (voir à partir de la minute 40).

Il montre, premièrement, que, contrairement à ce que l’on pensait à la suite de Bowlby, les enfants développent des relations d’attachement à chaque parent de manière indépendante. Le lien d’attachement peut ne pas être sécure avec un parent mais néanmoins sécure avec l’autre.

Il montre aussi que l’attachement au père est un prédicteur de la réussite scolaire. Les enfants sécurisés avec leur père ont une meilleure image d’eux-mêmes comme écolier. Il ont plus confiance en eux et dans l’environnement, ce qui les conduit à plus s’engager dans les activités scolaires et à mieux réussir.

Ce rôle pivot de l’attachement au père dans la réussite scolaire pourrait expliquer, rajoutons nous, les résultats de l’étude DEPP 2012 qui montre que les adolescents qui vivent avec un seul parent, souvent leur mère, sont, dans tous les cas, plus vulnérables à l’échec scolaire que les autres.

Fabien Bacro interroge, enfin, l’influence du mode de résidence après rupture parentale. Il note que les études ont produit des résultats contradictoires. Certaines disant que les enfants en résidence alternée seraient moins sécurisés, plus désorganisés dans leur relations d’attachement et d’autres montrant que ces enfants ont moins de comportement violents, de repli sur soi que les enfants vivant chez un parent. Or, ce bien-être est plutôt lié à un attachement sécurisé.

Il présente alors les résultats d’une recherche en cours de publication. Il a bien voulu nous faire parvenir le diaporama de sa communication lors d’un colloque organisé à Toulouse en mai dernier par le BECO dirigé par Chantal Zaouche-Gaudron.

L’étude porte sur 64 enfants âgés de 3 à 5 ans dont 36 vivant avec leurs deux parents,13 vivant chez leur mère principalement et 15 en résidence alternée (à égalité de temps chez l’un et l’autre parent). La qualité du lien d’attachement est évaluée à partir de la représentation que l’enfant donne à voir dans un jeu d’histoire à compléter. Les enfants ne sont donc pas mis artificiellement en situation de stress par les chercheurs.

Les résultats montrent que les enfants en résidence alternée sont tout autant sécurisés que ceux vivant avec leurs deux parents, contrairement à ceux vivant principalement avec leur mère. Ils ont moins de problème de comportement que ceux qui vivent principalement chez leur mère.

Dans cette recherche, l’effet protecteur de la résidence alternée sur la relation entre l’attachement et les problèmes de comportement a été testé en contrôlant statistiquement le niveau d’études des mères et le niveau d’alliance parentale.

Autrement dit, si la résidence alternée protège le bien-être des enfants ce n’est pas parce que les parents qui ont choisi la résidence alternée ont un meilleur niveau socio-culturel ou parce qu’ils coopèrent plus. La résidence alternée protège le bien-être des enfants parce qu’elle permet de maintenir les liens d’attachement aux deux parents, ces liens permettant le réconfort affectif et les actions d’exploration du monde physique et social. Le maintien de ces liens favorise une meilleure confiance en soi et la réussite scolaire.

Le rôle protecteur de la résidence alternée

Les recherches conduites par Fabien Bacro et les équipes du CREN montrent donc un effet protecteur de la résidence alternée par rapport aux conséquences de la rupture parentale.

Ces recherches rejoignent les résultats des études grandes échelles menées dans d’autres pays, et notamment en Suède ou en Norvège, dont nous avons déjà parlé dans ce blog.

Ces résultats convergents devraient encourager les parents et les acteurs de la justice familiale 1/ à éviter de se décider pour la résidence pleine chez la mère (l’arrangement un week-end sur deux, soit 2 jours par quinzaine avec le père) et 2/ à privilégier la résidence alternée, de préférence égalitaire, dès le plus jeune âge.