Besoin de sécurité de l’enfant : même maison ou continuité des relations ?

Cette semaine nous poursuivons la réponse aux commentaires de la tribune publiée dans Le Monde en ligne du 12 mars. Cette tribune qui appelle à un renouvellement de la loi famille est signée par 9 spécialistes de pédopsychiatrie, psychologie, droit et éducation.

Les commentaires que nous citons ici portent sur le besoin de sécurité de l’enfant.

Selon ces commentaires, la résidence alternée augmenterait le stress de l’enfant, le père n’étant pas fiable dans le soin quotidien, le changement de résidence étant insupportable, les parents ne pensant qu’à eux-mêmes, et les pédopsychiatres montrant que leurs consultations sont pleines d’enfants en résidence alternée.

Voici ce que nous pouvons répondre.

Besoin de sécurité de l’enfant

Des commentaires affirment que la sécurité de l’enfant serait meilleure en garde pleine chez la mère.

Les 9 signataires de la tribune, dont deux pédopsychiatres et 2 psychologues, mettent en avant le bien-être de l’enfant et nul ne peut nier que son besoin de sécurité est primordial. Ce que nous disons c’est que ce besoin dépend également de la possibilité d’avoir des interactions personnelles, directes, régulières et authentiques avec les deux parents.

Il est vrai que certains parents peuvent être inquiets à l’idée de laisser leur enfant plusieurs jours chez l’autre, dont on s’est séparé et qui est peut-être à nouveau en couple et avec d’autres enfants. Les témoignages des parents en résidence alternée montrent qu’ils doivent faire un effort sur eux qui est difficile. Mais ces parents rajoutent que ce serait pire de couper leur enfant de l’autre parent.

Changer de domicile ou être privé d’un parent

Certains commentaires affirment qu’aucun adulte n’accepterait de changer de résidence toute les semaines. D’autres affirment que changer le cadre matériel du jeune enfant le déstabilise.

Mais ces commentaires oublient l’autre partie de la réalité de la vie de enfants de parents séparés. Rester dans le même cadre matériel implique de ne plus rencontrer un des parents que deux jours tous les quinze jours. N’est-ce pas plus insécurisant que de changer de maison ?

Un commentaire suggère de parer cette difficulté en maintenant la résidence des enfants dans l’ancien appartement familial, les parents ayant un autre logement. C’est la formule dite du « nid ».

Hormis le coût de cette formule, elle a le défaut de ne pas vraiment prendre en compte la diversité des familles d’aujourd’hui. Comme les familles se recomposent, les parents reforment souvent un couple avec une personne ayant elle-même des enfant. Comment peuvent-ils partager tous ces « nids » d’une semaine à l’autre, les semaines de résidence des enfants issus des différents couples ne coïncidant pas nécessairement ?

D’autres commentaires, enfin, déclarent que les parents qui choisissent la résidence alternée ne pensent qu’à eux. Les parents en résidence alternée disent qu’ils peuvent continuer leur vie professionnelle, sociale et affective. C’est aussi un avantage de la résidence alternée. Les parents de familles unies ne combinent-ils pas leurs vies professionnelle et familiale, parfois en en privilégiant une ?

Quand les enfants sont interrogés, ils disent qu’il est dur de changer de lieux régulièrement. Mais ils rajoutent qu’il serait pire de ne voir un parent que deux jours par quinzaine.

Consulter un psychologue est signe de considération

Un argument qui revient en boucle consiste à dire que beaucoup d’enfants en résidence alternée consultent des psychologues. Ce fait démontrerait les méfaits de cette modalité.

Il est indéniable que les difficultés des enfants rapportées par les pédopsychiatres et psychologues qui émettent cet argument existent. Cependant, nous devons nous garder des erreurs de causalité. Si beaucoup de ces enfants consultent un psychologue, cela montre d’abord que leurs parents prennent en considération leurs difficultés. De plus, rien ne dit que ces difficultés ne sont pas présentes chez les enfants en résidence pleine. Les études fondées sur de grandes cohortes d’enfants et non sur des exemples issus de cabinet de thérapeutes convergent pour montrer les bénéfices de la résidence alternée sur les enfants.

Des études sur la post-adolescence montrent d’ailleurs les difficulté des jeunes adultes dans les cas de garde monoparentale, lorsqu’il n’y avait pas eu de concertation du père et de la mère au sujet des enfants. A l’inverse, la résidence alternée permet une forme de continuité relationnelle qui constitue une assise de sécurité indispensable au développement.

Quantité ou qualité du temps avec chaque parent

Enfin, certains commentaires notent que la quantité de temps n’est pas un critère suffisant mais que la qualité de ce temps prime. Tout le monde est d’accord sur ce point mais il ne faudrait pas en conclure que la quantité de temps n’importe pas.

Pour bénéficier des relations avec chaque parent, l’enfant doit rencontrer ce parent dans une situation favorable. Quand un enfant ne rencontre un parent que deux jours par quinzaine, durant le week-end, ces conditions ne sont pas remplies. 

Le temps du week-end est celui des loisirs et du repos, il n’est pas en relation avec la vie ordinaire de l’enfant à l’école ou dans ses activités extra-scolaires. Le parent qui rencontre si peu ses enfants peine à s’impliquer dans les actes usuels de leur vie, il se sent et il est marginalisé, ce qui rend difficile le contact avec les enfants et la responsabilisation dans la coparentalité.

Ajouter la moitié des vacances n’arrange rien sur ce point.

La quantité de temps passé ensemble contribue à la qualité des relations entre enfants et parents. Ici encore, les résultats des recherches scientifiques actuelles convergent, même pour les jeunes enfants.

Un défi pour les couples

Le choix de résidence des enfants suit toujours une rupture. Donc les solutions ne peuvent être simples.

C’est la raison pour laquelle la tribune appelle à soutenir ces parents « dans le choix de la modalité de résidence qui augmente au maximum le temps que l’enfant peut vivre avec chaque parent. »

Comme le montrent la plupart des études, dans la plupart des cas, il est dans l’intérêt supérieur de l’enfant, dans la société d’aujourd’hui, de pouvoir maintenir des relations régulières, continues et authentiques avec ses deux parents. Les cas de violences domestiques ou de problèmes graves de santé sont des cas à traiter à part.